Il y a des auteurs qui présentent leurs livres dans des salles à projecteurs, avec micro et bouteille d’eau minérale sur la table. Moi, quand est venu le moment de présenter ELLE, j’ai fait quelque chose de différent : j’ai interviewé mon personnage principal.
En octobre 2025, ELLE à peine publiée, Zenda (la plateforme littéraire fondée par l’écrivain espagnol Arturo Pérez-Reverte) m’a proposé d’écrire un texte pour accompagner la sortie. Ce que je leur ai remis, c’était un entretien. Mais pas n’importe lequel.

Je me suis assis face à Nuria Badal. Oui, face à elle. Un café fumant, un carnet et une caméra qui tournait sur un trépied. De l’autre côté de la table, Nuria a croisé les bras et m’a regardé comme si elle aurait préféré se trouver n’importe où ailleurs sur la planète. Ses cheveux blonds étaient noués en une queue-de-cheval négligée ; elle avait une coupure au front, les bras couverts d’égratignures, un pansement encombrant sous le tee-shirt blanc et des cernes qui soulignaient des yeux verts fatigués.
On aurait dit qu’elle était tombée au fond d’un ravin et qu’elle n’avait pas dormi depuis une semaine.
Je lui ai demandé comment elle allait. Sa réponse, mot pour mot :
« Mal, putain, comment tu veux que j’aille ? »
Il fallait s’y attendre…
Une conversation entre un auteur et la femme qui vit dans sa tête

Ce qui est sorti de cette table est sans doute le texte le plus étrange que j’aie écrit de toute ma carrière. Et aussi le plus honnête.
Nuria ne s’est pas retenue. Elle m’a reproché les cauchemars, les tentatives d’assassinat, les mois sans sommeil, les décisions impossibles que je l’ai obligée à prendre. Je lui ai demandé pourquoi elle ne pouvait pas avoir des affaires tranquilles à la Agatha Christie (thé, presbytère, cadavre dans la bibliothèque), et elle m’a répondu que c’est moi qui aime l’action, pas elle. Que c’est moi qui écris tranquillement à la maison pendant qu’on lui tire dessus, qu’on la poignarde et qu’on la précipite du haut des falaises de Cadaqués.
Je n’ai rien pu répliquer. Elle a raison.
Elle m’a dit, littéralement, que je suis un désastre comme metteur en scène de sa vie.
Et le pire : là non plus, je n’ai rien trouvé à répondre.
Cadaqués, la tramontane et sept disparitions impossibles

Mais nous avons aussi parlé de l’affaire. De ce qui l’a menée jusqu’à Cadaqués. De ce petit village de pêcheurs de la Costa Brava où, le temps d’un instant, sept personnes se sont évaporées dans les airs. Sans mobile, sans témoins, sans indices, sans suspects. Une disparition impossible qui, pourtant, avait bel et bien eu lieu.
Nuria m’a raconté ce qu’elle a découvert là-bas : que ces disparitions n’étaient pas les premières. Que la frontière entre la réalité et les légendes locales était bien plus mince qu’elle ne l’avait imaginé. Et que, pour une raison qui lui retourne encore l’estomac, ces légendes semblaient avoir un lien direct avec elle.
Elle a laissé tomber une phrase qui ne m’a plus quitté depuis ce matin-là :
« Jusqu’à la mort, tout n’est que mensonge. »
Si tu as déjà lu ELLE, tu sais pourquoi elle m’obsède. Si tu ne l’as pas encore lu, quand tu arriveras à ce passage du livre, tu comprendras de quoi elle parle.
L’entretien original, publié sur Zenda (en espagnol)

L’entretien intégral a été publié sur Zenda, l’une des plateformes littéraires les plus lues du monde hispanophone. Ce n’est ni un résumé de l’intrigue ni un communiqué de presse : c’est, littéralement, une conversation entre un écrivain et la femme qui vit dans sa tête. Avec ses reproches, ses silences et ses soupçons. (Le texte original est en espagnol.)
Je te laisse le lien, si tu as envie d’y jeter un œil :
→ Lire l’entretien intégral sur Zenda (en espagnol)
À propos d’ELLE

ELLE est le deuxième tome de la série Nuria Badal, après PEAU et avant RÉDEMPTION. Un thriller intense, troublant et addictif autour de sept disparitions impossibles à Cadaqués, de la tramontane qui fouette le village, des légendes de la Costa Brava et d’une policière qui se met à douter de tout : des faits, des gens qui l’entourent… et d’elle-même.
Il peut se lire de façon indépendante (tous mes romans sont autonomes), mais si tu connais déjà Nuria grâce à PEAU, entrer dans ELLE, c’est plonger dans une couche plus profonde de son histoire.